Réunion des partenaires de l’APMEP sur l’enseignement des mathématiques Besançon, lundi 29 octobre

Etaient représentés : la SMF, l’INRP, la SFdS, la SMAI, l’Inspection Générale, l’ADIREM, Animaths, la CFEM, la CIJM et le SGEN.

La question mise au débat lors de cette réunion est celle du devenir de la section S dans les lycées.

Dans une interview mi septembre, au Figaro, le ministre a annoncé la possible mise en place d’un tronc commun au lycée pour remédier au déséquilibre des 3 séries de l’enseignement général, L, ES et S. l’idée est de casser cette structure et de créer un enseignement tronc commun qui pourrait inclure les mathématiques ; parallèlement des enseignements optionnels permettraient d’individualiser les formations. Il pourrait donc y avoir des mathématiques à la fois en tronc commun et en enseignement optionnel.
Nous sommes très inquiets devant ces projets parce que nous savons la difficulté de l’enseignement des mathématiques « pour tous » que nous pratiquons avec beaucoup de difficultés en seconde, et l’idée de prolonger jusqu’en terminale cet enseignement unique pour tous nous donne à l’avance des sueurs froides. Le collège unique est décrié, allons nous devoir affronter le lycée unique ?
C’est cette inquiétude qui nous a incités à mettre à l’ordre du jour cette question.

Jean-Louis Piednoir (SFdS) rappelle quelques chiffres : la réforme de 1995 n’a pas atteint ses objectifs ; elle a conduit à augmenter les dépenses, car on a élargi la variété des offres d’enseignement, et la situation de l’enseignement scientifique s’est dégradée, à la fois sur le plan quantitatif, puisque la part d’une classe d’âge qui étudie en section S est passée de 19% à 17 %, et sur le plan qualitatif, puisque l’enseignement supérieur déplore la piètre formation scientifique des lycéens. L’effet recherché était aussi un rééquilibrage des séries, et la situation s’est plutôt aggravé. L’inquiétude qui domine chez les politiques est, sans cesse, le devenir de la section L, qui périclite.

Michel Granger (SMF) explique l’inquiétude des enseignants du supérieur face au niveau des étudiants entrant à l’université : la SMF a engagé une réflexion sur la définition d’un « socle commun » pour les licences de mathématiques, afin que l’enseignement y garde une certaine unité.

Jacques Moisan (IG) rappelle le contexte dans lequel a été faite cette annonce : une révision générale des politiques publiques est en cours, dans tous les ministères. Un audit généralisé, conduit par Pierre Lepetit, inspecteur des finances, a été engagé au ministère de l’éducation, avec pour but avoué de faire des économies. Ses conclusions doivent être rendues au mois de janvier, et aucune décision d’importance ne sera prise avant de les connaître. Les recommandations d’un précédent audit, mené par le même inspecteur des finances étaient de réduire le nombre d’options au lycée, et de mettre fin à tous les dédoublements, à l’exception de ceux concernant l’enseignement des langues et les travaux pratiques.
D’autre part, un rapport de l’inspection générale sur la section S est en cours de rédaction, il devrait être rendu public très prochainement. Le rapport de l’inspection générale sur la série L sorti en juillet 2006 préconisait de rendre cette filière plus généraliste, et mieux liée aux poursuites d’études par une réorganisation des enseignements optionnels.
En réponse à une question de Pascale Pombourcq (APMEP), il précise que la réforme de la série technologique STI est reportée pour l’instant d’une année, mais ne verra sans doute pas le jour avant la réorganisation des classes de seconde qui devrait se produire en 2009, à la suite de la rénovation des troisièmes. Des négociations avec les régions doivent avoir lieu sur cette rénovation.

Gérard Tronel, (SMAI), insiste sur les débouchés intéressants offerts dans l’industrie aux étudiants en mathématiques. L’industrie et les services reconnaissent désormais le métier de mathématicien et c’est une nouveauté. Certaines firmes, comme Thalès, en emploient un grand nombre. L’école des Mines a renforcé sa formation en mathématiques pour s’adapter à ces besoins.

Odile Ravaud, secrétaire nationale du SGEN, rappelle l’importance, pour l’évolution du système, des conclusions qui seront rendues par la commission Pochard. La nouvelle définition du métier devrait intégrer des tâches de concertation qui relèvent actuellement du bénévolat.

Marie-José Pestel (CIJM) souligne l’intérêt des activités scientifiques périscolaires qui remporte un succès important. Il serait intéressant de les intégrer à la formation, et d’intégrer ce type d’activités dans la nouvelle définition du métier.

Cette question est reprise par René Cori (ADIREM) qui propose, dans le cadre d’une organisation de pré recrutement du type IPES, avec obligation de service, d’utiliser les compétences des élèves professeurs sur ce genre de tâche.

Gilles Aldon (INRP) pose la question de l’enseignement de l’algorithmique et de l’informatique.

Michel Granger s’interroge sur la répartition des apprentissages entre tronc commun et option et propose que le collectif ActionScience s’engage dans cette réflexion.

Jacques Moisan rappelle l’historique des essais d’introduction d’un enseignement de l’informatique au lycée, qui ont toujours été bloqués par le refus d’introduire une nouvelle discipline dans l’enseignement secondaire. Des éléments d’informatique deviennent aujourd’hui indispensables, et il sera nécessaire de remettre à plat les contenus des programmes de mathématiques.

René Cori juge indispensable de coordonner les réflexions sur les programmes du secondaire et du supérieur. Ce peut être un chantier pour les IREM. Il voit dans l’instauration du système « tronc commun + options » une possibilité d’ouvrir l’enseignement des mathématiques aux élèves matheux mais peu attirés par les sciences expérimentales.

Martin Andler (Animaths) constate que le système « tronc commun + modules » fonctionne dans beaucoup de pays, mais qu’il paraît peu compatible avec le système des classes préparatoires. L’organisation à prévoir devra s’adapter à se système, en prévoyant un bloc d’options destinées aux futurs élèves des classes préparatoires scientifiques.

Catherine Combelles (APMEP) souligne le peu d’efficacité qu’aurait un enseignement commun à tous les élèves, étant donné l’hétérogénéité très importante dés la fin de la seconde, spécifique à cette discipline. Un tel enseignement devrait se caler sur les performances des élèves les plus faibles pour avoir une chance d’efficacité, et les élèves scientifiques y perdraient leur temps. L’expérience a déjà eu lieu en série L, où les élèves de spécialité perdent beaucoup de temps à suivre un cours commun qui n’est pas adapté à leur niveau. Il serait très dommage de refaire cette erreur sur une plus grande échelle !

Jean-Louis Piednoir souligne l’hypocrisie de cette peur de l’élitisme qui conduit à recréer des filières d’excellence clandestines : c’est le cas de la spécialité maths à l’heure actuelle, dont le recrutement est de plus en plus élitiste. On constate en même temps que l’ascenseur social fonctionne moins bien, dans la mesure où les vœux d’orientation des élèves issus des CSP défavorisées sont moins prestigieux qu’avant la réforme de 95.

Pascale Pombourcq souligne la nécessité d’une formation cohérente pour les scientifiques : on ne peut étudier la physique sans formation mathématique adaptée.

Michel Granger a la même crainte de parcours « en manteau d’Arlequin. ».

Brigitte Dody (APMEP) souligne la difficulté de l’enseignement à venir en collège : il ne sera pas facile de jongler entre programme et socle commun, et tout va dépendre des conditions de mise en place qu’il faudra étudier avec vigilance.

La conclusion revient à Pascale Pombourcq, qui constate que nous sommes actuellement dans le calme éphémère de l’œil du cyclone…

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